Petite histoire entre La femme qui pleure, Picasso et Dora

Le tableau La femme qui pleure, de Picasso Pablo Y Ruiz, est resté parmi la collection privée de Dora Maar jusqu’à son décès en 1997. Réalisée le 26 octobre 1937, cette peinture à l’huile sur toile aux dimensions 59,5 cm par 49 cm, est une œuvre qui illustre et résume à la perfection, la relation entre l’auteur et son modèle victime, Dora, entre « le minotaure » et La femme qui pleure.

L’auteur et le contexte : une muse dévouée

Né en 1881 à Malaga, Picasso, auteur d’une multitude d’œuvres artistiques dans la peinture, gravure, sculpture, le dessin et la confection de céramiques espagnole, il tire sa révérence en 1973 à Mougins, après avoir passé l’essentiel de sa vie à Paris. Amateurs de femmes et de plaisir, il en fait une source d’inspiration majeure et considère que l’art ne peut être chaste.

Déjà célèbre, il rencontre Dora Maar, une égérie de 28 ans, photographe en pleine heure de gloire et élève talentueuse en peinture. Frappé par la métamorphose du visage de Dora à l’annonce de la mort de son père, lui qui la connaît si bien, il peint cette œuvre, portrait de sa muse éplorée parmi bien d’autres : la femme qui pleure de picasso.

La femme réalisera le premier documentaire, sur un peintre en train de réaliser une œuvre. Ce tableau Guernica, est raconté étape par étape par le reportage photographique de la jeune dame. Après près d’une décennie de relation qui transforme assez tragiquement la vie de Dora, et deux enfants avec elle, Picasso la quittera pour Françoise Gilot, la laissant dans un grand désarroi.

La femme qui pleure de Picasso, est un tableau appartenant au cubisme, un mouvement artistique apparu au début du XXe siècle. Il se caractérise par des formes géométriques. D’abord déstructurées, elles sont ensuite recomposées de manière naturelle dans le tableau. Le tableau célèbre parmi plus de 50 000 œuvres tous genres confondus de Picasso, est depuis le décès de Dora, exposé au Tate Modern à Londres, Grande-Bretagne.

La femme qui pleure : Dora Maar

En 1937, l’auteur immortalise un moment douloureux de la vie de la femme qui partage sa vie, photographe et peintre ; les tableaux de Picasso de plus en plus dramatiques, aux visages et corps déformés et la superposition de plusieurs points de vue. Endeuillée, le tableau la présente très affectée. Le traitement de la partie aux formes morcelées et abruptes en couleur blanche, provoque un mélange confus entre visage, mouchoir, larmes et ongles intriguant le lecteur. Son mouchoir aux formes acérées, semble lui agresser le visage et être la cause éventuelle des larmes dans ses yeux, mais garde sa pureté blanche. Une couleur blanche au visage, montre aussi la faiblesse profonde du modèle peint qui semble littéralement devenue « blanche comme neige ».

Jouant sur les thèmes d’expression, telles que : éclater en sanglots, avoir le visage décomposé ou défait ; la bouche et les yeux grands ouverts accentuent la sensation de détresse du portrait et font ressortir l’impuissance probable ressentie par le modèle face à la guerre. Ces yeux semblent aussi évoquer par leur forme, les meurtriers de Guernica. Picasso associe des couleurs froides, qui traduisent encore davantage de peine. Dans une période tourmentée en Espagne, ce tableau et ses couleurs symbolisent la douleur des femmes espagnoles qui souffrent grandement de la montée en puissance du fascisme et de la guerre civile. Une métaphore de la souffrance générée par les guerres, de manière plus globale, peut aussi se lire dans La femme qui pleure de Picasso.

Ce dernier affirmera au sujet de Dora Maar : « Pour moi, elle est une femme qui pleure. Pendant des années, je l’ai peinte en formes torturées non par sadisme ou par plaisir. Je ne pouvais que donner la vision qui s’imposait à moi. C’était la réalité profonde de Dora ».